Agritechnica 2015: drones et agriculture?

Bonjour chers lecteurs,
Le dimanche, 8 novembre 2015, je me suis rendu à la plus grande foire agricole d’Europe à Hanovre.

Agritechnica est le plus grand salon européen du machinisme agricole. Il se tient à Hanovre en Allemagne. Ce salon est organisé par la DLG – Société Allemande d’Agriculture.

– Wikipédia

 

Avec pour principale idée en tête:

Peut-on adapter les technologies de l’agriculture de précision, plus particulièrement les drones, au marché passablement petit de la Suisse?

 

Description de la visite:

9:00 Ouverture des portes, je me dirige, le sourire aux lèvres, vers la halle 15 nommée: Systems & Components, Agricultural Electronics. C’est là que nous attendent tout souriant une ribambelle de vendeurs avec leurs plus belles chemises chacun bien ancré dans son stand. Premier petit tour avant que la foule afflue afin de repérer les stands mettant en avant des drones.

 

9:30 Je me lance premier contact avec un grand bonhomme de chez Topcon et Ascending Technologies qui me prend de haut avec sa belle cravate dès ma première question après les formes de politesses… Je commence par lui demander quel est l’utilité de son drone pour quelles genres de tâches il a été désigné, pour des sondages NDVI, de l’inspection ou autres? Est-ce qu’il utilise un contrôleur propriétaire ou quelque chose d’existant? Il me répond que son drone peut tout faire, qu’ils ont fait leur propre contrôleur car c’est des vrais pros, eux mais à part des réponses bateaux, rien de bien clair ni d’arguments qui me laisse bouche-bé…

Ayant plus l’impression d’être gênant qu’un potentiel client pour notre cher bonhomme, je passe mon chemin sans vraiment savoir pourquoi ce mec et son matériel sont meilleurs que celui de ses potentiels clients ou même mon propre matos’.

 

9:45 Direction le stand suivant, j’arrive chez Airinov, une société française qui appartient en partie à Parrot. Ils ont pour base le eBee de senseFly avec leur propre capteur: une caméra multi-spectrale. Le contact passe bien, j’obtiens rapidement des réponses pertinentes, on m’explique leur modèle économique soit:

  1. Un pilote agréé se rend sur le champ d’un agriculteur affilié
  2. Ce pilote envoi son drone autonome scanner le champ
  3. Les données sont envoyées directement chez Airinov
  4. Airinov se charge de faire une analyse des données
  5. Les données, sous une forme digeste, sont envoyées à la coopérative régionale
  6. La coopérative se charge d’indiquer à l’agriculteur comment interpréter et optimiser les traitements sur le champ analysé au point 1

A ce moment, j’ai été assez retissant avec leur système qui oblige le passage des données par leur Cloud, que tout soit stocker chez eux, que le paysan ne soit pas propriétaire de l’historique de ses cultures, probablement une déformation professionnel mais je reviendrais sur ce point plus tard dans l’article.

 

10:10 Je continue mon tour espérant que mes prochaines rencontres seront aussi intéressantes, j’arrive devant le stand de Cyberfed… Je peine à croire ce que je vois… Un drone fait maison avec du matériel bas de gamme de chez HobbyKing, moi qui pensait que j’allais voir des professionnels, des vrais! Je prends la brochure fait mine de m’intéresser mais les deux vendeurs ne semblent pas être décidé à accoster des potentiels intéressés. Au vue du matériel qu’ils utilisent et leur sympathie, je passe mon chemin.

 

10:25 Découverte d’un petit stand avec des drones qui semblent de bonnes factures, j’entame la conversation afin de savoir leur utilité, pourquoi ils sont mieux que la concurrence et tout le fourbi, le vendeur reste devant moi les bras ballants sans répondre à quelques questions et pour finir par un: c’est juste le début.

 

10:40 La voie est libre sur le stand de senseFly qui appartient majoritairement à Parrot, je m’attendais à trouver enfin des informations précises sur le marché Suisse, eux qui ont débuté à l’EPFL à Lausanne, qui ont fait des tests dans des vignobles du Lavaux. J’entame la discussion avec une des deux personnes sur le stand et commence avec mes questions: Est-ce que les tests effectués ont été concluant? Est-ce que les viticulteurs ont pu améliorer leur rendement? Est-ce que c’est rentable de faire des analyses sur des petites surfaces?

Là! Alors là! Grand moment… Il m’a servi le parfait charabia du vendeur; “Ahhh oui très concluant les tests”, “Oui, les clients sont très contents”, “Oui, les rendements étaient mieux” et “Oui, on peut l’utiliser sur des petites surfaces”. À part des oui amen… j’ai essayé d’insister un peu afin d’avoir des chiffres, des vraies infos mais Monsieur senseFly c’est empresser de tourner les talons pour serrer la pince au premier venu en me laissant là, tel une merde, j’ai donc pu railler un stand de plus de ma liste.

 

11:00 Je tourne les talons un peu sur les nerfs, je m’arrête chez Rucon Engineering, je vois enfin quelque chose de nouveau en plus des systèmes de survey, un drone livreur de trichogrammes pour traiter le maïs de manière écologie contre la pyrale. Je m’intéresse à leur système, ils utilisent des contrôleurs PixHawk, leur largueurs de trichogramme fait maison (imprimer en 3D) parait simpliste mais efficace. Je demande une offre pour le largueur et le système complet, nous échangeons nos cartes. J’ai enfin l’impression d’avoir rencontré des gens utiles pour l’agriculteur, il en aura fallu…

 

11:20 Départ chez leur concurrent geo-konzept qui propose aussi un système maison pour larguer des trichogrammes, le courant passe bien j’ai rapidement les bonnes informations, je demande également une offre pour le largueur seul et le système complet. Deux bons stands de suites, espérons que ça continue!

 

11:40 Très grand moment de la journée, halte chez Aerolution, causette avec un grand pain, on arrive très vite dans le technique, il crache sur le PixHawk, l’open source, la communauté, soit disant ce n’est pas customisable, pas fiable, etc, etc. Monsieur est donc fier de m’annoncer qu’ils ont leur propre contrôleur qu’ils ont fait qualifier et valider selon les normes européennes, qu’ils ont fait un document d’au moins 5cm d’épais pour y arriver. Je suis donc tout admiratif devant ce grand manitou. Jusqu’à se que je tourne la tête et que mes yeux se glissent sur l’écran de présentation qui affiche fièrement des images du: Mission planner qui est open source et qui est utilisé par défaut avec le PixHawk. Je n’ai pas pu ouvrir sont drone pour en avoir le coeur net, sur le contrôleur utilisé, mais je pense clairement que ce gaillard m’a mené en bateau tout du long… Je commence à me faire une raison, y a vraiment des guignols dans ce salon!

 

J’ai omi 2 ou 3 stands, dans cet article, car il n’avait rien de mieux que les autres ou ne vendait rien de concret.

Et l’agriculture, les paysans dans tout ça?

Beaucoup de système sont présentés, ils essaient tous d’innover, mais AUCUN sauf Airinov, ne pense aux clients finals. J’ai l’impression que aucun n’a compris qu’il s’adresse à des paysans qui pour la plus part ne savent pas ce qu’est un pixel, leur métier N’est PAS informaticien, ni pilote. Ce que veut un agriculteur c’est utiliser des machines qui fonctionnent simplement et constamment. Sans avoir à apprendre à utiliser un drone, un ordinateur, traiter dizaines de données qui ne sont pas parlantes.

J’ai donc fait un parallèle avec l’informatique où, tout devient XaaS soit: Quelques chose as a Service. SaaS, PaaS, IaaS, etc…

Le futur: le FaaS, Farming as a Service?

Si l’agriculture de précision devient un service que les agriculteurs louent afin d’augmenter leur rendement et éventuellement, je l’espère, leurs revenus. Il faut bien que des gens, des pilotes proches des paysans, du business puissent se former, devenir expert afin de pouvoir louer leurs services aux paysans. J’ai donc refait un tour pour interroger tous ses vendeurs afin de savoir s’il est possible d’être formé sur leur système et de devenir des bêtes dans le domaine.

 

Leurs réponses ont été toutes similaires: NON.

 

Il n’existe pas de formation qui permette d’apprendre si nous avons telle ou telle couleur sur un sondage NDVI, ou un stress hydrique que faire réellement. Comment intervenir? Comment renforcer la qualité de sa culture?
Faut-il arroser, traiter, mettre de l’engrais, quel engrais?

 

Le problème pour le moment et là, il n’y a pas d’interface entre un agriculteur et un col blanc qui a des connaissances scientifiques très pointues.

 

J’espère que dans un avenir proche, il sera possible de se former afin de pouvoir faire le pont entre ces deux mondes et de pouvoir réellement tirer profit des avancées de l’agriculture de précision et de trouver des schémas économiquement rentables tant pour les agriculteurs que pour les futurs fournisseurs de FaaS.

 

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